19.07.2008

Chapitre 2 L'enfance

CHAPITRE 2

L’enfance (bambina de Lara fabian)


 

 

Salut ! Me revoilà, six années ont passé depuis mon arrivée sur terre. 

Ma famille et moi Habitons une petite résidence de deux étages, nous sommes quatre

familles habitant le même bloc.

Nos voisins sont charmants et patients car nous sommes une grande famille de quatre

enfants assez turbulents.

Quatre bons petits diables pleins de vie c’est toujours assez bruyant!

Quant à notre appartement je le trouve mignon, simple mais joli !

On dirait un grand échiquier.

Le carrelage est le même dans toutes les pièces, de gros carreaux noir et blanc.

IL y a trois chambres, une que je partage avec Cathy, grand lit blanc avec sa jolie coiffeuse

et son armoire le tout orné de baguettes dorées.

Mes frères eux aussi partagent la même chambre, dans deux petits lits jumeaux bureau et

armoire assortie. Si ces meubles pouvaient parler!

Ils en auraient à raconter sur les bagarres des deux frangins au caractère si différent.

Je me souviens de nos voisins du dessous qui, un jour ou mes frères pour l’énième fois se

bagarraient comme des chiffonniers, à tel point, que leur lustre se balançait au plafond.

Ceci mis en alerte M. Martin, qui sachant les deux garnements seuls sans la surveillance

d’un adulte, se permis d’aller taper à la porte, ce qui calma ces derniers.

A cette époque les gens étaient plus patients, plus tolérants car beaucoup moins stressé.

Mes voisins préférés sont Monsieur et Madame Adams.

La maman de Mme Adams ,Madame Mercadier vit avec le couple.

A cette époque nos vieux n’étaient pas mis au rancart, nous n’avions pas honte de la

vieillesse, nos vieux mouraient entouré des leurs.

De nos jours nous ne prenons plus de temps pour eux.

Nous les délaissons, les oublions dans un quelconque appartement, une maison de retraite,

même aussi somptueuse soit t’elle, le personnel soignant ne peut remplacer l’amour qu’il

leur manque.

Ou pire encore, les oublier dans ces hôpitaux pour vieux, comme si vieillir était une maladie

honteuse.

Nous parquons nos pauvres vieux, les cachons-nous pour ne pas culpabiliser de les

abandonner pour quelques raisons que ce soit?

Bon! Pour revenir à M. et Mme Adams, des gens charmants, qui malheureusement n’ont pas

eu d’enfants et qui pourtant les adorent..

Combien de fois ai-je fais inquiéter cette adorable Mdme Mercadier, lors de mes descentes

d’escaliers plutôt rapides je dirais! (en courant et quatre à quatre)

Les vibrations de mes sauts sur chaque marche font sortir Mme Mercadier sur son palier,

torchon sur l’épaule, elle secoue sa tête ornée de cheveux gris, ses mains jointes sur sa

poitrine, en signes de désespoir.

Elle me jette un regard inquiet derrière ses lunettes aux verres très épais qui donne

l’illusion d’avoir de très gros yeux qui lui mangent la moitié de son petit visage.

-<< Mon dieu mais tu finiras par te casser quelque chose! >>me lança t’elle, soucieuse, ne

pensant même pas à me gronder pour le bruit qui l’a forcément dérangé de derrière ses

fourneaux.

Sans interrompre ma course folle je lui répond en souriant :

_<< mais non ne vous inquiétez pas ! >>

En quelque sorte je suis pour cette petite famille un peu l’enfant qu’ils n’ont pas eu.

Ils me font partager leurs promenades, leurs sorties à la mer, à la campagne, aux

cavalcades.

Chaque promenade se termine toujours par une glace prise en passant devant l’épicerie de

mme Adams.

Nous passons par l’arrière boutique, le magasin étant fermé les jours fériés.

Les odeurs de bananes, de pêches ou de pommes selon les saisons viennent me chatouiller

les narines.

Signe que ma glace n’est pas loin.

Ce sont pour moi des moments privilégiés.

Moi, la dernière de quatre enfants, avec eux, je joue un peu à l’enfant unique.

Je suis le centre d’intérêt et ça, j’adore!

Bien qu’à la maison, je profite aussi du privilège d’être la cadette, mais ce n’est pas la même

chose.

J’ai d’ailleurs, déjà réussi un challenge, mon grand-frère c’est dans la poche, il m’adore.

Je sais pourquoi il n’est pas venu à la clinique!

Maman dit qu’il l"a trouvé trop vieille pour avoir un autre enfant, qu‘ils étaient assez

nombreux comme ça.

A quinze ans il a déjà un caractère assez catégorique.

Je veux bien croire maman.

Enfin c’est oublié…

-----------------------------------------------------------------

le départ

Aujourd’hui est un triste jour pour maman, son fils aîné, Brice part à l’armée.

De notre chambre, ma soeur et moi, toutes deux allongées à l’envers dans la même position,

nos deux mentons prenant appuient sur nos mains, nous avons vu sur la chambre des

garçons.

Sans un mot, nous regardons Brice préparer son sac.

Il est charmant Brice dans ses beaux vêtements tous neuf, il finit de lacer ses chaussures.

Je suis si fière de mon grand frère, un beau jeune homme de vingt et un an aux cheveux

bruns et aux yeux couleur noisette hérités de notre mère.

Il jette un dernier regard dans son miroir, s’arrange une mèche rebelle, un dernier coup d’oeil

dans son sac, il tire sur la fermeture éclair,le ferme, le prend en main et se dirige dans le

couloir ou maman l'attend les yeux remplis de larmes.

Brice lui ouvre ses bras, maman vient s’y blottir, et laisse aller son chagrin.

Tout en lui caressant le dos Brice lui dit:

-<<Allons maman ! Je ne pars pas pour la guerre mais juste à l’armée. >>

Je suis là prés de maman entourée de toute la famille, mon regard passe des uns aux autres,

je ne sais que faire sourire ou pleurer, je suis tant émue!

Le sourire prend le dessus quand mon regard croise celui de Brice qui me sourit me faisant

un clin d’oeil.

Il sourit de ce sourire en coin qui n’appartient qu’à lui et à cet instant précis je sais que

jamais je n'oublierais cette expression sur son visage .

Les adieux se firent devant la voiture jusqu’où nous l’accompagnons.

Seul papa l’emmène à la gare.

Cela vaut mieux car j’aurais redouté les effusions de maman sur le quai de la gare!

Dernières embrassades, quelques remarques de Morgan, qui est très taquin.

Je pense que cet humour l’aide à ne pas montrer ses sentiments, c’est la première fois que je

les vois s’embrasser tous les deux.

Cathy se retient pour ne pas pleurer, ils sont très proche tous les deux.

Il va lui manquer c’est sur! .

Brice l’embrasse, lui lance un mot en anglais en pointant son index vers elle, expression

dont ils sont les seuls à connaître la traduction, ce qui redonne le sourire à Cathy.

A mon tour, je me jette dans ses bras, il me serre tendrement en me murmurant à l’oreille:

-<<Quand je viendrais en permission Loulou(c’est un diminutif affectueux qu’il m’a trouvé,

lui seul m’appelle ainsi)Je t’emmènerais manger à la cafétéria. >>

Mes bras autour de son cou je resserre mon étreinte encore plus fort et je l’embrasse très fort

sur la joue, ce qui pour moi veut dire merci.

Ma pudeur m'empêche de parler mais parfois les mots ne sont pas nécessaire , un geste, un

regard suffisent pour se comprendre.

Brice me repose à terre, jette un dernier coup d’oeil à toute la famille et rejoint notre père

déjà installé au volant de la voiture.

Papa égal à lui-même ne laisse voir aucune émotion.

Un homme ne montre pas ses sentiments, un homme ne pleure pas, c‘est ainsi que l’on

avait du l‘élever.

Qui sait! Peut être qu’après avoir laissé Brice à la gare, si… tout seul il n’a pas pleuré?

Cela je ne le saurais jamais!!!

Les jours passent, la vie reprend son cours, dans l’attente des nouvelles de Brice.

Aux dernières nouvelles, il a été muté à Brest, dans les fusiller marins.

Dans ses lettres, il dit en ‘’chier’’, que l’armée c’est dur…(ça forme un homme, disait- on

en ce temps là)…

A part ça, j’ai tout pour être heureuse. Comme beaucoup de derniers-nés, je suis choyée.

Je suis une petite fille plutôt espiègle.

Je pleure un peu et hop!

On me cède.

Maman, crie souvent après moi, mais je ne la crains pas. (Chien qui aboie ne mord pas)

Ils cèdent tous, sauf papa, quand il est là, je me tiens à carreaux!

papa est sévére, il parle peu, c'est un être très timide, réservé, plutôt renfermé , honnête et

travailleur.

Il travaille beaucoup pour faire vivre la famille.

La vie pourrait être magnifique, si…

Hé oui ! Il y a un si… Une ombre au tableau…

Mes parents se disputent.

Vous me direz, comme tout le monde!

Oui, mais, cette fois-ci, mon père frappe ma mère.

Cette scène m’épouvante.

Cela me fait très mal de voir ma mère recevoir des gifles, mon coeur de petite fille est

mortifié.

Heureusement ou malheureusement que ce jour fatidique, qui changea ma vie à tout

jamais.Brice est présent c'est sa premiére permission

Oui! Ce jour là mourut la petite fille insouciante que je fus.

Par la suite, je fis semblant de l’être.

Ce soir là Brice s’interpose, il pare les coups destinés à maman

Tout le monde crie.

Je pleure, je supplie mon père de cesser.

De toutes mes forces, je le tire pour l’éloigner de maman, aidée de Cathy qui est dans le

même état que moi.

J’ai très peur, mais je dois l’arrêter, je dois protéger maman coûte que coûte.

Le calme revenu, mon père s’enfonce dans un mutisme qui peut durer des heures, voire des

jours.

Ces scènes de violences m’épouvantent et me laissent tremblante.

Je ne quitte pas maman d’une semelle.

Je la suis dans sa chambre, où elle va s’enfermer pour pleurer.

Du haut de mes 6 ans, je la console, j’essuie les larmes qui ruissellent sur son doux visage.

Ce joli minois que j’aime tant, celui même qui d’un sourire, calme mes pleurs, mes peurs,

mes chagrins d’enfant.

C’est de cette bouche aux contours parfaits, si triste aujourd’hui que sortent des sons si

mélodieux, les soirs ou je ne peux trouver le sommeil.

Maman me berce de sa voix cristalline, jusqu’à ce que mes yeux se ferment.

Tous ces doux instants reviennent à ma mémoire, mon petit coeur se gonfle de chagrin, il a

mal pour maman.

Je l’embrasse, je l’entoure de mes petits bras, je la serre très fort, comme pour lui dire:

_« Je suis-là maman ! Ne crains rien, je te protége, c'est fini ne pleure plus>>.

J’espère que mes tendres baisers auront le même effet, que ceux qu’elle me donne pour

appaiser mes petits bobos.

Comment mon père peut-il faire du mal à ma maman ?

Elle, si douce, si gentille, si jolie.

Dans ces moments-là, je ne ressens que de la haine pour cet homme.

La peur se transforme en haine, j’aimerais être plus grande pour pouvoir le corriger à mon

tour.

Depuis ce jour, je ne suis plus tranquille.

Bien qu’au dehors je n’en montre rien, je suis très inquiète.

Quand je suis loin de maman, je vis l’angoisse permanente que mes parents se disputent en

mon absence et que mon père la tue!

Que serais-je sans maman?

J’ai tant besoin d’elle.

Mes peurs, je n’en parle pas.

J’ai trop honte de ce qui se passe chez moi.

D’instinct je sais que ce n’est pas normal de battre sa femme, les autres ne doivent pas

savoir.